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 Chub

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Manni
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MessageSujet: Chub   Sam 9 Jan - 15:11

Chub en anglais
En français, chevesne, chevaine, vilain, cabot ...
Assurément le poisson le plus malin de tous.
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire cet extrait du livre "L'art de la pêche a la ligne" de deux auteurs anglais Stephen Downes et Martin Knowelden.
Vous y apprendrez plein de choses originales sur ce poisson.
Il y est fait référence au livre d' Isaak Walton "The Compleat Angler, or the Contemplative Man’s Recreation " publié en 1653 et écrit sous la forme d'un dialogue entre le maïtre, Piscator et l' élève, Venator.
Un dernier mot pour dire que l'auteur est mort en 1683 a l' age canonique pour l' époque de 90 ans. Comme quoi, la pêche , ça conserve !
Bonne lecture !




Le chevesne est un excellent poisson pour le pêcheur à tous égards sauf un. C'est un poisson pour toutes les saisons et tous les styles ; il se nourrit par temps froid, même sous la neige, aussi bien que tout autre, et par une chaude journée d'été il continue à s'alimenter alors que tous les autres poissons, sauf le rotengle, font la sieste. Un soleil éclatant ne le décourage pas non plus, et il se nourrit en surface, au milieu ou au fond de l'eau, et s'attaque à une grande variété d'appâts, mais non sans discrimination. On peut donc poursuivre le chevesne par tous les moyens, à sa guise, même par un temps qui semble parfait pour la fenaison ou les vacanciers, mais qui est sinon moins agréable pour les pêcheurs. Mais ce n'est pas un poisson facile à prendre ; on en capturera peut-être un par hasard en péchant je ne sais quoi au milieu des cours d'eau, mais si on veut prendre un gros chevesne, il faut prendre des précautions peu communes. Le chevesne est le plus circonspect des poissons ; il jouit d'une excellente vue et sans doute, pour sa taille, de la meilleure ouïe de tous les poissons de nos eaux ; et ce n'est guère surprenant, car en un sens il possède la plus grande oreille.

Un poisson avec des oreilles aussi longues que celles d'un lièvre vaudrait la peine d'être vu, et personne ne serait étonné s'il était aussi prudent qu'un lièvre ; mais à regarder un chevesne, on supposerait qu'il n'a pas d'oreilles du tout. Un visage rond, des joues bien pleines ; la nageoire dorsale unique, et les grandes écailles communes à tous les cyprinidés plus couramment appelés cyprins ; un long corps pour un cyprin, car il vit dans des rivières à débit modéré de même qu'en eau calme, et a besoin d'une certaine puissance dans sa nage ; mais où sont ses grandes oreilles ?

Cachées à l'intérieur, voisinant les innombrables petites arêtes pointues qui rendent le chevesne pratiquement immangeable. Si la marque d'un vrai pêcheur est d'aimer le sport pour lui-même, alors les amateurs de chevesne et de barbeau sont les plus purs de tous les pêcheurs ; plutôt que les héros qui s'avancent dans les torrents glacés avec de l'eau jusqu'à la taille pour lutter avec un saumon, ou les pêcheurs au lancer qui savent imiter la mouche de leur choix, y compris son sexe, puis la faire tomber au centimètre près devant la bouche de la truite ; car ils apprécieront leur prise à table. Alors que le chevesne est insipide, aqueux et gorgé d'arêtes, et que le barbeau, bien qu'il soit le meilleur lutteur pour son poids de tous les poissons vulgaires, peut être tout bonnement toxique ; personne ne le poursuit donc si ce n'est pour des motifs purement sportifs.

J'ai entendu affirmer cette supériorité morale des pêcheurs de chevesne et de barbeau assez souvent, la plupart du temps par eux-mêmes d'ailleurs. Mais j'imagine que Walton n'eût pas été d'accord avec eux, car le premier poisson que Piscator apprend à Venator à pêcher est un chevesne, ce qui montre qu'il n'y faut pas un grand talent ; et Piscator faisait sûrement cuire sa prise pour en faire un bon repas.
Il semble en aller ainsi, du moins superficiellement ; mais les pêcheurs devraient y regarder d'un peu plus près.

Imaginez : c'était une journée ensoleillée de mai, après les premières heures de la matinée, lorsque ces pêcheurs partirent pour une rivière qui abritait à la fois des chevesnes et des truites, et les truites n'auraient pas commencé à mordre avant le soir ; mais Piscator connaissait un trou profond, à l'ombre des arbres, avec une vingtaine de chevesnes — et savoir où il faut pêcher est plus de la moitié du secret. Puis ils attrapèrent leurs chevesnes avec des sauterelles, cachés derrière des arbres et laissant l'appât descendre jusqu'à la surface à la vitesse d'un escargot. Si on fait cela très attentivement, sans faire de bruit et en ne laissant rien d'autre que l'appât toucher la surface, c'est une méthode presque infaillible pour prendre des chevesnes par temps clair ; elle ne demande aucune habileté dans le lancer ou le ferrage, et devrait être encore plus facile avec les longues cannes de près de cinq mètres sans moulinet de l'époque de Walton ; une méthode encourageante pour le débutant, donc, s'il a quelqu'un d'autre pour lui montrer où pêcher et s'il possède les vertus naturelles d'un pêcheur. Je veux dire s'il est naturellement patient, observateur, s'il apprend vite et sait se taire quand il le faut. Je ne serais pas étonné si Piscator — pêcheur expérimenté et donc profondément rusé, bien que très franc dans sa conduite — avait envoyé son nouvel ami pêcher le chevesne pour voir s'il avait la mentalité qu'il fallait ; car il est des compagnons agréables qui ont plutôt des instincts de harponneur, qui foncent avec force et rapidité quoi qu'il arrive et font fuir tous les chevesnes sur des kilomètres à la ronde.

Quant à la cuisson du chevesne, la recette de Walton est certainement ce qu'on peut faire de mieux. Tout poisson vulgaire est meilleur nettoyé soigneusement et cuit très frais comme il le conseille ; de plus, le beurre et le vinaigre qu'il utilisait engraisseraient et parfumeraient une chair insipide ; mais je me demande ce qu'il faisait pour les arêtes. En ce temps-là, c'étaient les hommes qui découpaient le poisson, et on observera qu'ils avaient pris un très gros chevesne, qui avait plus de chair entre les arêtes. Mais on remarquera aussi que lorsque son élève prit un second chevesne, Piscator le donna et pécha quelques truites pour leur repas suivant. Ce n'est peut-être pas un hasard si le chevesne a plus de noms d'emprunt qu'aucun autre poisson d'eau douce britannique : car le marchand de poissons ou le cuisinier ont peut-être besoin de le déguiser.

Ces différents noms peuvent prêter à confusion. Certains voyageurs pourront vous raconter avoir mangé du chevesne qu'ils ont trouvé délicieux, sans plus d'arêtes qu'une truite. Mais cela se sera passé au Canada ou dans le nord des États-Unis, où différents salmonidés parents de nos corégones sont péchés sous le nom de « harengs de lac » et vendus comme du « chevesne ». Je ne comprends pas une telle psychologie commerciale.



Le mot chevesne vient du latin capitem, tête ; car la grosse tête du chevesne est une marque distinctive très nette, d'où son nom scientifique squalus (ou parfois leuciscus) cephalus. Son ancien nom français est testard, de testa, qui à l'origine désigne le pot, donc la tête dans l'argot latin tardif qui a donné naissance au français. (Mais un testicule est sans doute un petit témoin et non un petit pot). On le qualifiait habituellement de « vilain testard », car la nation des gastronomes a une piètre idée du chevesne. Certains disant que le nom peut également se référer au fait que les muscles de la mâchoire autour de la tête sont sans arêtes et sont donc la partie la moins immangeable. En Angleterre, on l'appelle aussi « conseiller municipal » en raison de son aspect joufflu, ou, dans le nord, skelly, peut-être un raccourci pour squelette, la partie la plus remarquable de ce poisson.

Quant aux recettes pour préparer le chevesne, Frank Buckland, grand ichtyologiste du siècle dernier, a donné la meilleure. Pour exposer le squelette entièrement articulé dans toute sa complexité, mettez votre chevesne dans une boîte avec quelques asticots ou, mieux encore, une fourmilière. Après quelque temps, pas plus de dix jours en été s'il fait chaud, la chair est entièrement partie et vous pourrez étonner vos amis en leur montrant les restes.

Parmi les os qu'on peut voir, si la préparation est faite très soigneusement, il y a les osselets de Weber ; trois petits os de chaque côté, derrière le crâne et sous la colonne vertébrale, qui étaient autrefois des côtes mais qui font maintenant partie du système auditif. Ce sont le signe distinctif des cyprins (les poissons de la famille de la carpe) et de leurs cousins les silures. Ils relient les oreilles internes, dans le crâne, à la vessie natatoire, qui chez ces poissons est non seulement un organe d'équilibre mais aussi un récepteur de sons, ou plus précisément un transducteur. La vessie natatoire est pour le chevesne ce que l'oreille externe et le tympan sont pour nous ; comme je l'ai dit, les oreilles du chevesne sont tout internes. Cela peut paraître une disposition bizarre, mais un poisson ainsi équipé peut entendre les sons aussi bien que nous, en même temps qu'il est capable de percevoir l'écoulement de l'eau par sa ligne latérale.

Chez les poissons comme chez l'homme, les organes d'audition reposent sur des cellules ciliées qui détectent le mouvement, analogues à celles de la ligne latérale. Ces cellules ciliées peuvent réagir au mouvement du fluide qui les entoure, de façon très sensible, et dans l'oreille interne elles réagissent à l'origine au déplacement de liquides internes de manière à donner un sens d'équilibre et d'accélération. Lorsqu'une onde sonore parvient à l'oreille interne, les molécules du liquide se déplacent un peu, dans un mouvement de va-et-vient lorsque la pression monte et baisse, et les cellules ciliées dans une région spécialisée de cette oreille décèlent ces mouvements. Tous les poissons peuvent entendre un peu avec un système de ce genre ; mais les poissons n'ayant qu'une oreille interne entendent très mal.

Le problème est que les ondes sonores passent à travers le poisson, qui après tout est pour l'essentiel de l'eau, tout comme elles traversent l'eau ; c'est-à-dire que la montée et la baisse de pression qui constituent l'onde sonore sont bien transmises sur une longue distance, mais les molécules isolées de l'eau bougent très peu car l'eau est pratiquement incompressible ; et les cellules ciliées d'une telle oreille décèlent le mouvement, et non les changements de pression. Pour avoir une audition sensible, l'animal a besoin de trouver le moyen de convertir les changements de pression en mouvements de fluide. La manière dont le font les cyprins et les silures rappelle de façon frappante le système auditif des mammifères ; son efficacité est peut-être l'une des raisons qui expliquent que ce soient les plus abondants de tous les poissons d'eau douce.

L'oreille humaine convertit la pression en mouvements de fluide grâce au tympan situé entre l'oreille externe, qui concentre les ondes sonores, et l'oreille moyenne, qui est emplie d'air ; comme l'air, à la différence de l'eau, est très compressible, le tympan peut vibrer, se rapprochant de l'oreille moyenne lorsque la pression monte et s'en éloignant lorsqu'elle baisse. Ce mouvement est transmis à travers l'oreille moyenne par une chaîne d'osselets fixés à des ligaments — ici encore les osselets sont au nombre de trois, mais cette fois ce sont des os de mâchoire modifiés — et le dernier de ces osselets s'insère dans une cavité à l'ouverture de l'oreille interne, si bien que lorsque cet osselet se déplace il met les fluides de celle-ci en mouvement ; des cellules ciliées spécialisées réagissent à ces mouvements, et nous entendons des sons.
Or le poisson, ainsi que je l'ai dit, est fait de tissus presque incompressibles, et nage dans une eau presque incompressible ; mais sa vessie natatoire, s'il en possède une, est emplie de gaz compressible.
En sorte que lorsqu'une onde sonore l'atteint, la vessie se contracte et se dilate en suivant les variations de pression. Le poisson doit sentir ce mouvement lorsque les tissus entourant la vessie sont tirés et repoussés ; si jamais vous vous êtes trouvé dans le grand bain d'une piscine au moment où un baigneur a sauté du grand plongeoir, vous en aurez ressenti le bruit à l'intérieur de vous-même lorsque votre diaphragme s'est déplacé, à l'instant où le bruit a atteint vos poumons. Même cette perception interne est plus efficace que l'audition de la seule oreille interne ; il suffit d'implanter un ballon de caoutchouc empli d'air dans un flet, qui ne possède pas de vessie natatoire, pour améliorer son seuil d'audition de dix décibels.

Mais chez les poissons possédant les osselets de Weber le système est bien plus sophistiqué. La vessie natatoire a deux parois, séparées par un tissu conjonctif adipeux ; la paroi interne est entière et l'externe comporte une fente longitudinale, sur la surface supérieure, près de l'avant. Les bords de cette fente sont reliés par des ligaments élastiques à la colonne vertébrale, lesquels ligaments tirent de manière à garder la fente pratiquement fermée. Si la vessie natatoire se dilate ou se contracte en réagissant aux sons, la fente s'élargit ou se rétrécit tandis que les surfaces bien lubrifiées de la paroi externe glissent sur la paroi interne. Le bord de la fente est donc le lieu où se produit le plus grand mouvement dû à un changement de pression ; et c'est d'ici que partent les chaînes d'osselets de Weber, de chaque côté de la fente, vers l'avant jusqu'à des canaux emplis de liquide et situés dans le crâne, lesquels conduisent aux oreilles internes. Les osselets sont reliés à la colonne vertébrale par des ligaments en forme de ressorts à lames, qui les aident à revenir lorsque la vessie se contracte.

Chez ces poissons la vessie natatoire agit donc comme une espèce de tympan interne, les osselets transmettant le mouvement à l'oreille interne. C'est un excellent système, aussi sensible que celui de l'homme dans les basses fréquences, où il fonctionne le mieux. Les osselets sont essentiels ; les poissons rouges auxquels on a ôté les osselets perdent quarante décibels de sensibilité — une chute énorme. (A titre de comparaison, pour faire décroître un son de quarante décibels en s'en éloignant, en plein air, il faut pratiquement multiplier la distance par cent.) Mais l'audition dépend beaucoup de la vessie natatoire ; plus la vessie est grosse, et plus les mouvements des osselets sont importants. Or le chevesne, étant plein d'arêtes, a besoin d'une grosse vessie pour compenser ; la vessie est plus grande chez le chevesne que chez tout autre poisson de même taille ; il n'est donc pas étonnant que l'audition du chevesne soit si bonne.

Il y a un désavantage dans ce système auditif des cyprins, si sensible qu'il soit. Il n'existe qu'une seule vessie natatoire pour détecter les changements de pression provoqués par les ondes sonores ; il est donc difficile, bien qu'il y ait deux oreilles internes dans le crâne, de comprendre comment ils peuvent savoir de quelle direction vient tel son particulier. L'homme, ainsi que tous les vertébrés terrestres, a deux oreilles complètement séparées, et peut déduire la position d'une source sonore de la différence de réception des oreilles droite et gauche. Les poissons semblent en fait capables de découvrir une telle position, mais uniquement en utilisant leur ligne latérale pour détecter le déplacement d'eau qu'elle cause (si elle est assez proche d'eux), ou en effectuant des allées et venues pour entendre si le son gagne ou perd en intensité.

Ceci, du point de vue (ou d'audition) d'un poisson, n'est pas un inconvénient trop grave ; surtout dans les eaux courantes peu profondes, où les sons sont considérablement dispersés, absorbés et masqués par d'autres bruits. Les zoologistes qui ont essayé de dresser des poissons à réagir à des sons particuliers ont décidé que l'audition d'un poisson ne se spécialise pat dans les mêmes gammes du son que celle de l'homme ; un poisson comme le chevesne entend des sons qu'entendrait un homme, mais les interprète différemment. En écoutant, nous analysons la longueur d'onde des sons — en termes musicaux, leur hauteur — très attentivement ; la plupart des gens, même sans formation musicale, peuvent déceler la différence entre deux notes dont la longueur d'onde diffère d'un demi pour cent, et peuvent faire la distinction entre plusieurs notes jouées simultanément.
Notre faculté de localiser l'origine d'un son dépend, elle aussi, de notre perception de la légère différence entre les motifs d'ondes sonores analysées par chacune des deux oreilles ; l'oreille plus proche du son détecte les sons légèrement avant l'oreille plus éloignée, et cette différence permet de déduire la direction d'où provient le son. Mais pour analyser le son de cette façon il faut écouter plusieurs ondes de chaque son au moment où elles passent.

Un animal entouré d'air a largement le temps de le faire, surtout s'il écoute des sons de courte longueur d'ondes à haute fréquence ; beaucoup d'ondes parviennent à son oreille en peu de temps. Sous l'eau, cependant, les sons, comme la lumière à courte longueur d'ondes, sont dispersés et absorbés bien plus que dans l'air, alors que les grandes ondes sont assez bien transmises (mais pas aussi loin que dans l'air) ; les poissons écoutent donc davantage les sons graves à grande longueur d'ondes, venant de relativement près.
Mais ils ne peuvent se permettre de rester immobiles pour analyser plusieurs ondes sonores de basse fréquence, évoluant lentement, et provenant de sources proches, qui pourraient être des ennemis à proximité ; si un poisson dans une eau sombre commence à entendre une fréquence de vingt Hertz, venant d'une source invisible située à quelques mètres, il n'ose pas attendre ne serait-ce qu'une demi-seconde pour analyser dix ondes. Il a plutôt besoin de détecter les sons et d'y réagir très rapidement, et de savoir si le son vient vers lui ou s'en éloigne.


C'est ce que fait l'oreille interne des poissons, sans que personne ne sache comment, exactement ; non plus qu'on ne sait comment l'oreille interne des mammifères réalise ses prodiges d'analyse de fréquences. Les poissons ne sont pas complètement sourds aux notes ; les cyprins peuvent faire la différence entre des notes dont les fréquences diffèrent de cinq pour cent ; mais ils répondent très rapidement à un son bref qui semble devenir de plus en plus fort. Les bruits de pas sur le rivage sont exactement ce qu'il faut pour déclencher le système d'alarme du chevesne. Certains pêcheurs consciencieux mettent des chaussettes épaisses à l'extérieur de leurs bottes pour assourdir le bruit — il ne faut rien négliger. Les six petits osselets situés entre la vessie et le crâne sont à l'origine de bien des cogitations silencieuses du pêcheur prudent. Un jour il sera peut-être possible d'attirer les poissons au moyen de sons adéquats ; au Sénégal les pêcheurs indigènes construisent des leurres creux qui, lorsque l'eau y passe, produisent un son censé imiter le bruit d'un petit poisson qui se nourrit. Et j'ai un jour rencontré un jeune homme péchant (disait-il) le chevesne, et qui écoutait à plein volume sur son transistor un ensemble de percussions. Peut-être espérait-il hypnotiser les poissons par les roulements répétés de tambour !

Même si vous êtes totalement silencieux vous pouvez alarmer un chevesne à vue ; ses yeux sont aussi bons que ceux de la truite, voire meilleurs pour repérer les pêcheurs. La pupille, au lieu d'être allongée vos l'avant, est légèrement distendue, un peu en forme de triangle, un sommet vers le bas et deux vers le haut. Ceci améliore peut-être sa vue du rivage. Le chevesne a des yeux mélancoliques, avec un petit cercle doré autour de la pupille, sur un fond d'argent terni ; le pigment verdâtre qui court le long de son dos et de sa tête descend en boucles sombres autour des orbites. Une coloration discrète en général, avec des nuances rouge orangé sur la queue et les nageoires anales uniquement, et non sur la nageoire dorsale plus proéminente. Heureusement, il renonce souvent à son humeur sédentaire et quitte sa cachette ; il peut alors être tenté par des appâts soigneusement choisis, si précautionneux soit-il.

Lorsqu'ils se défont de leur prudence, les chevesnes sont passablement omnivores. Le plus gros chevesne jamais pris en Grande-Bretagne, dans la rivière Annan en 1955, pesant quatre kilos huit cents (mais le record fut disqualifié pour une raison technique), fut péché à la mouche comme une truite ; péché d'ailleurs dans l'intention de prendre un tel poisson. De même, un chevesne de plus de deux kilos fut un jour capturé dans le Lac Redmire, avec une croûte flottante destinée aux carpes. Dans certaines rivières à truites, cette incapacité à refuser la nourriture destinée aux autres poissons a conduit les chevesnes à être persécutés, parfois vilement ; ces pratiques étaient autrefois communes dans le nord de la Grande-Bretagne, et n'ont peut-être pas encore disparu. Certaines pharmacies fournissent du cocculus indicus, la coque du Levant, fruit séché et moulu de Yanamirta cocculus, l'anamirte, plante originaire de Malaisie et des Indes orientales, qui contient une drogue puissante, la picrotoxine. Celle-ci a peu d'usage médical ; elle a été essayée comme antidote dans les intoxications aux barbituriques, et semble être davantage employée en Amérique du Sud qu'en Europe. La picrotoxine accélère le rythme respiratoire, ralentit le rythme cardiaque et à hautes doses provoque des convulsions musculaires ; sa grande vertu, non médicale, est que les poissons y sont plus sensibles que les hommes, et les cyprins plus que les autres poissons.

La bonne dose de coque du Levant dans une rivière a truites fait flotter à la surface ventre en l'air tous les chevesnes, paralysés, alors que les truites restent indemnes. Mais une dose trop forte supprime toute la vie vertébrée sur une certaine distance en aval. Bien mieux que cette sorte de persécution est la pratique éclairée consistant à permettre la pêche sélective au chevesne dans les eaux à truites lors de la fermeture de la pêche à la truite ; car les chevesnes se nourrissent bien en hiver, et comme la plupart des cyprins ils ne frayent qu'au début de l'été. (Comme chez d'autres cyprins, les mâles développent des taches blanches sur leurs têtes avant et durant la saison du frai, les « tubercules nuptiaux » qui, à la différence de l'acné de l'adolescence humaine, semblent attirer les femelles).

Les méthodes sélectives pour attraper le chevesne sont diverses. La plupart d'entre eux sont donc pris avec des asticots, des arénicoles ou de la mie de pain, de façon non sélective si un autre poisson ne vient pas dévorer l'appât avant ; le fromage, aussi fortement parfumé que possible, est traditionnellement bon pour attirer le chevesne, de nos jours complété par le pâté. Certains appâts sont excellents à la bonne saison, lorsque les chevesnes se nourrissent d'un aliment particulièrement abondant : les chenilles en été. surtout pour les chevesnes cachés sous une branche en surplomb, ou, plus tard dans l'année, les fruits ou baies de tout arbre qui se trouve près de l'eau. (Le problème avec les appâts qui viennent des arbres, cependant, est qu'il est souvent nécessaire de lancer de la rive opposée à l'arbre sous lequel se tient le chevesne ; ce qui rend la dissimulation plus difficile).

A la fin de l'été, et en automne, les larves de guêpe sont très acceptables pour le chevesne ; une demi-douzaine empalées sur un gros hameçon attirent souvent un poisson de bonne taille. Cette technique présente deux difficultés : la première est de trouver le nid — s'il existe une société locale d'histoire naturelle, elle aura sans doute un entomologiste dévoué qui pourra aider — la deuxième est de l'utiliser comme amorce. Les nids de guêpe sont faits de bois mâché, et flottent. Si on jette des fragments de nid dans la rivière ils dérivent inutilement à la surface ; si on plonge auparavant le nid dans de l'eau bouillante et le casse en morceaux, puis qu'on mélange les fragments gorgés d'eau avec une pâte, l'appât imprégné de l'odeur de guêpe coule et attire les chevesnes.

J'ai déjà cité les sauterelles utilisées pour le chevesne. Elles ne sont cependant pas aussi faciles à attraper qu'à l'époque de Walton ; non pas qu'elles sautent plus loin, mais de nos jours les pêcheurs portent rarement de grands chapeaux à larges bords qui permettent de ramasser les insectes. Les limaces, moins agiles, sont presque aussi efficaces.

Les écrevisses sont elles aussi-un très bon appât d'été sélectif pour les gros chevesnes, encore qu'elles soient bien mieux employées à nourrir le pêcheur. On dit que les lamproies sont presque trop efficaces, car les chevesnes se ruent brutalement dessus. Étant un poisson habitué aux eaux rapides, avec un corps long et puissant, le chevesne peut se déplacer beaucoup plus vite que le cyprin moyen, et bien qu'il n'y ait pas de difficulté pour sentir la touche sur une lamproie, le bas de la ligne peut n'y pas survivre.


Dernière édition par Manni le Sam 9 Jan - 20:50, édité 1 fois
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Réjou
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MessageSujet: Re: Chub   Sam 9 Jan - 20:22

bon ben voilà, j'ai pu de doliprane maintenant .................. Shocked
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MessageSujet: Re: Chub   Sam 9 Jan - 20:51

Réjou : Gardes en pour Juillet
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Manni
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MessageSujet: Re: Chub   Sam 9 Jan - 20:52

C'est ça le problème avec les jeunes !
Ils ne lisent plus ! Very Happy
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Petchy
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 5:25

Sujet très intéressant
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 12:34

moi je ne suis plus jeune
j'ai tout bien lu
je suis pret pour l'interro

quand c'est bien écrit
quand c'est bien documenté
c'est toujours intéressant

oldies but goldies
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 21:23

Alors on va voir si t'es fort !

Quel son les poissons ecoutent-ils plus facilement ???

lol!
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 21:50

La carpe de l’ordre des cypriniformes appartient au groupe des Otophysaires qui ont un caractère anatomique particulier, issu de la transformation des premières vertèbres : l’ organe de Weber (du nom de son premier descripteur) Tous les membres de ce groupe ont cette particularité (les siluriformes en font d’ailleurs parti). L’appareil de Weber, c'est tout simplement une série d’éléments osseux placés derrière le crâne. Des ligaments connectent la vessie natatoire aux os de l’appareil, lui même relié à l’oreille interne par l’intermédiaire d’un sinus . Lorsque la vessie vibre tous les os composant l’appareil vibrent aussi, et le dernier os (le plus près du crane) composant cet appareil ( le scaphium) transmet le son à l’oreille interne ; il a été prouvé que cet appareil amplifiait fortement les sons hautes fréquences .
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 21:51

une autre question ?

scratch
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 21:52

Number One a écrit:
une autre question ?

scratch

S.B !! lol! lol! lol! lol! lol!
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 22:08

S B
????????????????????????
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MessageSujet: Re: Chub   Dim 10 Jan - 22:25

Arffff, Su... boul..... FAYOT quoi !!! lol! lol! lol! lol! lol! lol!









ok, je sors ...............
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